Sylvain Chomet, l’animateur formidable et talentueux qui a créé des œuvres magistrales telles que Les Triplés de Belleville et L’Illusionniste, a une nouvelle sortie, Une vie magnifique. Le film est doux, nostalgique et vraiment agréable à regarder, et suit Pagnol, dramaturge, romancier et cinéaste. Un procédé narratif plutôt imaginatif se déploie : il interagit avec une version plus jeune de lui-même, oscillant entre passé et présent. Les souvenirs sont visualisés, tous formant une conversation entre son moi présent et son passé. « Mémoires ? Il faut des souvenirs pour ça. » Les mots tombent avec une ironie silencieuse alors que le personnage principal réfléchit aux hauts et aux bas de sa carrière et de sa vie personnelle.
Le style d’animation est l’élément le plus fort de Une vie magnifique. Le style dessiné à la main de Chomet reste une réalisation singulière, sans parler de rare, dans le cinéma contemporain, et son travail ici confirme que l’animation est son don créatif le plus profond, frôlant une signature d’auteur pleinement réalisée. L’un des choix les plus fascinants du film est l’intégration de véritables images d’archives en prises de vues réelles dans l’univers animé, une collection éblouissante de textures qui confère à la biographie une authenticité étrange et obsédante, même si la palette peut être atténuée. La bande originale de Stefano Bollani est chaleureuse et agréable tout au long, enveloppant l’histoire d’une lueur nostalgique que l’époque mérite.
Et pourtant, quelque chose freine le film. Où Belleville était vivant, vivant et complètement fou (ça effraie encore mes frères et sœurs plus jeunes aujourd’hui), Une vie magnifique penche vers la retenue propre à un biopic, même si sa narration peu conventionnelle reste présente. Ce format va à l’encontre des instincts de Chomet ; La structure de l’intrigue est plutôt conventionnelle, l’histoire quelque peu fastidieuse, et cette fadeur est déconcertante compte tenu de la richesse de l’animation. Et on s’y perd visuellement. Ces visuels sont riches et accomplis, mais le récit n’égale jamais vraiment l’énergie de ce que l’on voit à l’écran. Avec beaucoup d’intrigue à couvrir en une durée plutôt courte, Chomet gère l’épique de la vie de Pagnol avec une grande admiration et une affection évidente pour le personnage principal. Pourtant, il se sent toujours déconnecté de lui-même.
Malgré ses défauts, Sylvain Chomet reste un conteur visuel remarquable, et chaque instant dégage une véritable chaleur chaleureuse. Je me souviens avoir regardé ça plus tard l’année dernière ; C’était un visionnement agréable, mais décevant vu le réalisateur impliqué. Nous n’avons pas souvent un film de Sylvain Chomet, donc je suis reconnaissant pour celui-ci et j’espère en voir d’autres.








